Les Y face aux métadonnées

     Je vais parler ici de la relation parfois surprenante qu’il existe entre les jeunes et les nouvelles méthodes de « flicage ». Alors pour être clair, quand je dis jeune je parle des Y, mais aussi de ceux qui sont bien avancés dans la vingtaine, et qui partagent au moins ce point commun avec ma génération.

Ça m’arrive souvent de voir ce genre de commentaires dès que l’on parle de Google, Facebook et autre monolithes de la collecte de données : « Orwell l’avait dit ! On est surveillé à chaque instant ! On n’est plus libre d’être invisible ! »

Le truc c’est que ces commentaires viennent souvent de personnes n’ayant pas grandi dans un milieux aussi informatisé que le notre. C’est donc normal de ne pas être prêt à divulguer sciemment autant d’informations personnelles. Ça effraie.

Mais quand on est habitué à ce phénomène, la problématique disparaît miraculeusement. Voila pourquoi.

Un problème générationnel

     Pour la majorité de la génération Y, le problème de la confidentialité des données est un faux problème.

Il faut bien comprendre que nous sommes habitués à internet, que nous avons toujours vécu avec. S’en passer n’est pas envisageable, et distribuer ses données à qui le demande n’est pas une contrainte suffisante pour remettre en question notre utilisation du web.

De plus, les jeunes voient moins le mal dans la surveillance des données que les générations précédentes. Certes Google sait où j’habite (GoogleMaps), ce que je regarde (Youtube), ce qui m’intéresse (le moteur de recherche), ce que j’utilise pour me divertir (Playstore)… Et alors ?

meta data y

Cette posture ferait se retourner G. Orwell dans sa tombe. Mais le constat est le même : Est-ce foncièrement dangereux de laisser mes données entre les mains de géants de l’industrie ?

Alors que pour les générations antérieures cette réponse est souvent « oui », elle est beaucoup plus nuancée chez les jeunes. Cela s’explique surtout par le fait que ces données sont avant tout utilisées pour garantir un confort d’utilisation. Comment ferais-je pour retenir la vingtaine de mots de passe et d’identifiants que j’utilise sur l’ensemble du Web sans Google ? Combien de temps aurais-je perdu à préciser « Montréal » à chaque fois que je cherche un restaurant sur un moteur de recherche ?

Peu de temps, il est vrai. Mais ce confort d’utilisation est primordial pour des utilisateurs assidus comme la génération Y. Nous n’avons pas envie de préciser chaque subtilité de notre recherche, nous voulons qu’on anticipe nos attentes. Nous sommes impatients mais fainéants dans notre navigation, car c’est quelque chose que nous prenons pour acquis. Et c’est ce qui a laissé une si grande porte ouverte, porte par laquelle les entreprises se sont engouffrées.

Et quelles sont les conséquences ? Pour nous, concrètement, elles sont minimes. Pour comprendre, il faut aussi poser une autre question : Quelle est l’utilité de nos données pour les entreprises ?

Si c’est gratuit, vous êtes le produit

     D’un point de vue macro, elles leurs permettent d’améliorer leurs services, tant pour les consommateurs finaux (nous) que pour leurs partenaires économiques (les entreprises qui achètent de l’espace média). Cela se traduit donc principalement par un meilleur ciblage des publicités proposées et par une navigation simplifiée pour les utilisateurs.

La question des publicités ciblées est, selon moi, une bonne chose. Tant qu’à perdre du temps à regarder une annonce, autant que celle-ci soit proche de mes intérêts. Il m’est ainsi arrivé d’acheter un article en ligne après avoir vu une publicité sur Facebook. Loin de me sentir manipulé, j’y ai vu une amélioration d’un processus réellement pénible jusqu’alors. De plus, la génération Y a conscience que l’utilisation des services informatiques doivent être financés. Or revenir à un système payant serait impensable, tellement nous nous sommes habitués à utiliser diverses fonctionnalités de manière totalement gratuite. Ainsi, autoriser la récupération et le partage de nos données personnelles est une option viable, surtout si la seule répercussion visible est un affinement des offres publicitaires.

L’exemple de Twitter est très parlant dans ce domaine. Avec une communauté active mensuellement chiffrée à 300 millions d’utilisateurs, le réseau social a toujours du mal à rentabiliser son modèle d’affaire. Le principal problème ? Un ciblage trop brut par rapport à ses concurrents qui engendre des difficultés à vendre de l’espace publicitaire. Ces problèmes sont si importants que Twitter peine à maintenir une croissance comparable à son marché, ce qui entraine donc une baisse des cours en bourse et des investissements réduits. La publicité est le moteur des réseaux sociaux.

En ce qui concerne le confort d’utilisation, là encore la jeunesse a une approche radicalement différente des générations antérieures. Comme je l’ai dit, nous aimons quand ça va vite. Nous ne voulons pas être bridés par un manque d’anticipation de nos besoins de la part du prestataire de service. Et quel est le meilleur moyen d’optimiser notre navigation ? En centralisant les services couramment utilisés.

Google l’a très bien compris, et Facebook s’embarque sur la même voie avec ses récentes acquisitions (WhatsApp, Instagram, Oculus VR…).

Désormais un internaute organisé pourra centraliser la plupart de ses activités sur le web à travers la même entreprise. Cela lui permettra de gagner du temps et du confort d’utilisation, pendant que l’entreprise pourra étendre le spectre des données collectées.

Il est ainsi aisé de comprendre pourquoi les dernières générations sont moins inquiètes de l’utilisation de leur données. D’un côté la carotte est appétissante, de l’autre le bâton n’est pas si menaçant. 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s